Campagne 2023 PMS – OA 5215
Cette campagne de prospection à l’aide de matériel spécialisé (détecteurs de métaux et gradiomètre) s’est déroulée dans la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure du 17 au 30 avril inclus. Durant les 14 jours d’opération, une semaine a été dédiée à l’OA 5215 afin d’expertiser des anomalies. La deuxième semaine a été dédiée à l’OA 5216 pour effectuer trois sondages, faisant partie de l’étude du secteur dits “Ferrures de cap de mouton”.
Objectif de l’OA 5215
Le but était d’expertiser le maximum d’anomalies dans la zone D qui est d’intérêt archéologique. En effet, lors de la campagne 2022, cinq ferrures de cap de mouton, une ancre et un ensemble des concrétions ferreuses y ont été étudiées.
Méthodes
Pour la sélection des points à expertiser, un travail préliminaire d’étude des anomalies a été réalisé. Plusieurs surfaces circulaires avec comme point central les ferrures de cap de mouton ont été proposées, avec un rayon de 25 m, 53 m, 84 m et 180 m, afin d’étudier la relation des anomalies avec cet évènement.
Étude cartographique et archivistique
Avant de commencer les prospections, toutes nos informations ont été reportées sur des calques cartographiques. Ceci afin d’observer les liens possibles entre les anomalies et les EA déjà déclarées et étudiées ou non. De plus, nous avons recoupés plusieurs informations, fruit de la collecte de la mémoire orale locale et nos recherches en archives liées aux naufrages et échouages. Elles concernent la présence de croches de pêcheurs, de zones de possibles intérêts et des points de possibles artefacts.
Traitement des données
Les coordonnées GPS ont été retravaillées, afin d’assurer une localisation la plus précise possible des anomalies. En effet les coordonnées des anomalies “Events” présentes dans la cartographie TimeZero ont été relevées par la position du bateau “Aurtzaka”. Cela ayant pour conséquence une différence de 10 m à 20 m (direction Nord, Sud, Est ou Ouest en fonction du cap de navigation suivi par le bateau sur la route SAR en lacet de prospection prédéterminés) par rapport aux positions données par le GPS intégré aux détecteurs Geometrics (magnétomètre à vapeur de Césium de sensibilité 0,1 nT, modèle G-882) immergés, reliés par leurs câbles et tractés par le bateau. Pour la sélection des points à expertiser, un travail d’étude des anomalies a été mis en place, pour les classer en fonction de la zone, de leur intensité (au-delà de 100 nT) et leur concentration dans un rayon de 30 m.
Stratégie de prospection
L’objectif journalier était d’expertiser 9 anomalies, trois expertises par palanquée sur 90 minutes de plongée. Dans cet objectif, un planning d’expertises, avec différents secteurs et concentrations d’anomalies à étudier par jour a été programmé. En prévision, chaque jour avant de sortir en mer, un briefing avait lieu au cours duquel les objectifs de la journée étaient exposés. Une fiche avec les points à expertiser et les paramètres de plongées (localisation GPS, intensité, profondeur, observations, etc.) était présentée au pilote du bateau afin de décider si la zone choisie était praticable (marée, hauteur de houle, vitesse et direction du vent, mouillages à proximité, chenal d’accès etc.).
Résultats
Zone D Nord – Plage du carré
Cette zone compte un total de 51 anomalies magnétiques détectées lors de l’opération OA 4734 de 2021. Sur les 51, il y en a huit pour lesquelles il manque des données (intensité en nT), à la suite d’anomalies, dues à une malfonction de Geometrix.
Durant l’OA 5215, 24 anomalies ont été expertisées parmi lesquels quatre sont d’intérêt archéologique : une ferrure de cap de mouton associé à un ensemble de concrétions ferreuses, deux ancre à jas en bois et organeau et une autre à jas mobile coudé.
Les critères pour planifier les expertises en plongée autonome a été de cibler les anomalies localisées tout autour de la surface rocheuse sur laquelle nous avions trouvé un ensemble de Ferrures de cap de mouton, des concrétions ferreuses à déterminer et le reste d’une ancre très abîmée (gangue externe vidée de sa substance). Ces éléments laissent à penser qu’il pourrait s’agir du site d’un naufrage d’un navire en bois, ce dernier aurait pu laisser d’autres traces lors du sinistre. C’est pour cela que différents rayons concentriques autour de ce secteur ont été prédéfinis à 25 m, 53 m, 84 m et 180 m. Chaque rayon ont accumulé une concentration d’anomalies de différentes intensités, mais toutes étaient en dessous de 70 nT.
Par exemple sur le rayon de 53 m nous avons constaté 5 anomalies :
- les anomalies 0086 et 0093 au Sud
- l’anomalie 0537 au Nord
- les anomalies 0094 au Nord et 0074 à l’Est
Un autre critère a été de vérifier la relation entre les anomalies et les ancres déjà déclarées par Romain Meynier, afin de faire une documentation des dimensions, de la profondeur et de l’intensité. Pour chaque Event / anomalie nous avons prospecté et couvert une emprise de rayon variable entre 15 m et 30 m. Lors de nos expertises au nord de la Zone D, de nombreuses anomalies étaient entièrement recouvertes par le sable.
Anomalies d’intérêt archéologique
- Ancre à jas mobile coudé en métal – EA 6346
Plongée d’expertise de l’anomalie 0535 de 20 nT, qui se trouve à 20 m d’une autre anomalie (0432). C’est une ancre déjà connue, relocalisée et documentée par David Alonso Vega, Thierry Darnis et Romain Meynier. Les cotes ont été prises, l’ancre dessinée, photographiée et le point GPS a été confirmé.
- Ancre à jas en bois et organeau – EA 7172
Découvertes en septembre 2021, lors d’un entraînement de plongée SNB1 à la SNSM trois ancres ont été identifiées dans un rayon d’environ 30 m et déclarées par Romain Meynier. Elles ont été enregistrées sous le même numéro DDTM et DRASSM. Parmi elles, deux ancres superposées ont été étudiées lors de l’OA 4942, en septembre 2022. La troisième est quant à elle une ancre cassée avec un organeau de grand diamètre et dont la position GPS n’avait pas été relevée. Bien que cette dernière soit cassée et ne soit plus active, les dimensions de son organeau, sa situation géographique et son état – le reste de verge est passé sous un grand bloc rocheux – pourrait démontrer la violence de l’événement qui a entraîné sa perte.
- Ancre à jas en bois et organeau – EA 7177
Découverte en septembre 2021, lors d’un entraînement de plongée SNB2 à la SNSM, au Nord-Ouest du Carré à Ciboure, face à la grande plage de Ciboure sur un fond de galets à 7 m de profondeur, lors de la même plongée que la découverte de l’ancre Porter-Trotman documenté en 2022. Elle a été déclarée par Romain Meynier avec des photos, cependant, la position GPS n’avait pas été correctement relevée lors de la découverte (déclaration DRASSM). En 2022, les recherches pour la relocalisé ce sont révélés infructueuses. Elle a été retrouvée et documenté (cotes prises, dessin et point GPS relevés) lors de l’expertise de l’anomalie 0470 de 30 nT pendant l’OA 5215, par Romain Meynier et Remi Dardare. Elle a sans doute été réutilisée comme corps-mort pour mouiller une plateforme, qui est partie à la côte durant l’hiver 2020.
- Ferrures de cap de mouton et ensemble de concrétions.
Lors de la plongée de prospection circulaire sur l’anomalie/Event 0094, à une distance de 20 m depuis le point de départ, près d’un banc de roche entouré de sable et sur une surface d’environ 8 m2, sur la bordure qui limite la roche du sable, nous avons aperçus une nouvelle ferrure de cap de mouton (nommé FCM6). A une distance d’environ 1,5 m à l’est de celle-ci, se trouve une grande concrétion de forme tubulaire de deux mètres de longueur avec une autre petite barre à terminaison sphérique positionnée en parallèle. Il s’agit d’une concrétion tubulaire (peut-être un cordage) en forme de demi-cercle, positionnée entre les tubes concrétionnés et à l’ouest de FCM6. En suivant la bordure de roche, deux tubes fins et parallèles de plus de 1,5 m (possibles cordages) sont posés sur la roche et s’enfoncent sous le sable en direction du sud-ouest. Ces concrétions forment un ensemble indéterminées pour le moment. Une fois rapporté le point sur la carte, nous avons constaté que cet objet FCM6 se trouve à une distance de seulement 11 m au nord-ouest de l’ensemble des cinq premières FCM repérés lors de l’OA 4942 de l’année 2022, sur la même formation rocheuse. Nous pensons que l’ensemble de ces objets peuvent être associés à un même évènement.
Zone Corniche Blockhaus
Lors d’un entretien réalisé dans le cadre de la collecte de témoignages, Yann Errotaberea évoque la présence de deux pièces d’artillerie anciennes le long de la corniche basque à Urrugne et repérées en 2021. Ils est décidé d’en faire l’expertise lors de l’OA 5215. En parallèle, nous sommes restés en contact avec Y. Errotaberea, parti faire une vérification sur site, cependant, il n’avait pas les coordonnées GPS exactes des deux canons et de l’ancre, mais des amers. À la suite de ses recherches, il nous a donné les coordonnées GPS d’un nouveau canon qu’il venait de découvrir dans le même secteur. Modifiant l’objectif initial, nous avons vérifié ces coordonnées lors d’une plongée d’expertise et l’avons repérer après une prospection autour du point indiqué.
- Canon de 155 mm GPF (Grande Puissance Filloux)
L’élément, se trouve posé à plat sur la roche, encaissé perpendiculairement entre deux failles du flysch, à 5 m de fond. Le canon a été mesuré et documenté lors de cette plongée. Aux alentours, il y a des objets disséminés dont la deuxième partie du canon et la structure pour soutenir le tube.
Campagne 2023 : sondages – OA 5216
Le regroupement de ferrures de cap de mouton et de concrétions métalliques localisé lors de la campagne 2022 (OA 4942) nous amènent à penser que nous sommes peut-être sur un site de naufrage de voilier en bois. Pour cette raison nous avons mené une opération de sondage lors de la campagne 2023 en complément de la campagne de prospection OA5215.
Les conditions climatiques ont été favorables pour le bon déroulement de l’opération, sans précipitations, et une houle entre 0,5 et 2,0 m nous a permis de réaliser les sondages sans trop de difficultés en profitant d’une visibilité assez bonne.
Avant d’effectuer les sondages, 2 jours ont été consacrés à réaliser une cartographie du secteur qui a pu nous permettre de mieux comprendre l’affleurement rocheux et ses dimensions, également une première planimétrie a été effectuée pour localiser les différentes concrétions visibles disséminées sur la roche et leur documentation.
Méthode d’investigation
La méthode consistait à étendre deux lignes de repère en partant du même point 0, une d’Ouest en Est de 54 m et l’autre du Sud au Nord de 18 m, à partir de ces deux axes, des transects ont été développés tous les 2 m de la ligne Ouest-Est en suivant toujours le même cap vers le nord. Tous les 2 m, nous avons pris des données (sédimentologie, composition et nature du fond, profondeur et présence de concrétions ferreuses). Tout cela a été rapporté sur une planimétrie qui nous a permis de dessiner les bordures de la roche, la composition et la distribution géologique de l’ensemble et la
bathymétrie du secteur Ouest sur une surface de 256 m2.
Emprise de la zone
La formation rocheuse sur laquelle nous avons travaillé se trouve sur un fond de 6 m et le sable qui l’entoure complètement est à une profondeur de 8 m, elle a une longueur de 54 m Ouest-Est, et une largeur Sud-Nord variable de 15 m, 20 m ou 30 m selon les secteurs.
Ce travail nous a permis d’établir une division de l’espace dans une grille non matérialisée pour reporter la localisation des éléments et comprendre les regroupements de concrétions et leur disposition par rapport à l’ensemble.
Observations
Les concrétions ferreuses se trouvent concentrées pour la plupart dans le secteur Sud- Ouest et Nord-Ouest de la formation rocheuse avec une présence accrue d’objets en bordure de roche. Il y a une grande extension de sable vers le sud du plateau rocheux.
Concrétions en B2
Cet ensemble de concrétions (peut-être des éléments d’enfléchure de haubans) nous laissent apercevoir deux éléments métalliques à double trou superposés et associés à plusieurs concrétions de forme tubulaire, avec à l’intérieur la présence de fibres végétales toronnées.
Concrétions en C2
La FCM1 (très détériorée) en C2 est associée à un ensemble de concrétions longitudinales qui font penser à des cadènes.
Concrétions en D2 / D3
Concrétions en D4 / D5 et E4 / E5
Ferrure cap de mouton FCM2 en F2
Ferrure cap de mouton FCM3 en G2
Ferrures cap de mouton FCM4 et FCM5 en I2
Les FCM4 et FCM5 (possible estropes métalliques) localisées en I2 sur la planimétrie
sur une surface de 2m2.
Concrétions en B4 et B5
FCM 6 associée à un ensemble de concrétions localisées en B4 sur la planimétrie sur une
surface de 8m2
Ferrure cap de mouton FCM7 en G3
FCM 7 (Estrope métallique) associée au bras d’une ancre et sur le même axe des FCM2
et FCM3, ensemble sur une surface de 16m2.
Bras d’une ancre en F3 et G3
Les sondages
Trois sondages ont été effectués à l’ouest de la barre rocheuse, chacun d’une surface de 200 cm par 150 cm et 100 cm max de profondeur.
Le sondage 1 (S1), au Sud-Ouest nous a dévoilé la continuité d’une concrétion qui affleurait à la surface du sable, cet artefact possède deux extrémités tubulaires d’un diamètre externe de 4 cm à leurs extrémités (une est cassée en trois morceaux).
Le sondage 2 (S2) au Sud-Ouest, le résultat le plus marquant de ce sondage a été la découverte d’une strate vaseuse. La présence de la vase au sud de la formation rocheuse nous semble très intéressante pour deux raisons, la possibilité de trouver dans le futur des matériels organiques ou autres conservés et par le fait que dans les anciennes cartes du XIXe siècle, ce secteur est porté avec une sédimentologie vaseuse, secteur qui
correspond aussi aux zones de mouillage de l’époque moderne (XV-XVIIIe siècle) selon les différentes représentations cartographiques.
Ce sondage a été interrompu lorsque l’extraction de la suceuse, qui était en train de creuser le sable à 80 cm de la bordure de roche dans a dévoilé une concrétion. Sa physionomie est similaire à celle d’une arquebuse, ce type d’arme à feu était utilisé par la marine au XVIIe siècle, pour son efficacité à courte distance.
Le sondage 3 (S3) au Nord-Ouest, le sable a été rapidement retiré et il nous a dévoilé un fond composé d’une alternance de roches, de petites et de grandes tailles. La grande concrétion tubulaire de 200 cm avec un petit tube parallèle et la concrétion en demi cercle paraissent faire partie d’un ensemble cohérent, associé à la FCM6 (ferrure de cap de mouton) se trouve une double concrétion tubulaire et longitudinale posée à plat sur une roche. Peut-être être le vestige de haubans ou d’enfléchures ?
