Campagne 2022 – OA 4942
Contexte
Les résultats de l’OA 4734 de Prospection avec Matériel Spécialisé qui s’est déroulé en octobre 2021 nous ont permis de réaliser un fond cartographique et une base de données d’un total de 540 anomalies géo-localisées (entre 20 et 1000 nT et à des profondeurs entre 2 m et 11 m). L’objectif scientifique de l’opération OA 4942 était de démarrer une deuxième phase : l’expertise en plongée des différentes anomalies sur un plan pluriannuel.
Avant de commencer les prospections, toutes nos informations ont été reportées sur des calques cartographiques afin d’étudier les liens possibles entre les anomalies et les EA déjà déclarés et étudiés ou non, et toutes les informations que nous avons déjà collectés. Un long travail de traitement des données a été effectué en amont. Les coordonnées GPS des anomalies à expertiser ont dû être retravaillées, afin d’assurer une localisation la plus précise possible des anomalies ainsi que leur étude pour les classer, en fonction de la zone, profondeur, de leur intensité (au-delà de 100 nT), et de leur concentration dans un rayon de 30 m.
Méthodes de recherches
Le travail journalier de prospection s’est effectué à bord d’une vedette avec une équipe de 7 personnes au quotidien. Chaque jour ont été effectuées 3 plongées d’expertise (d’une durée de 90’ chacune) par palanquées de deux plongeurs, en prospection circulaire à l’aide d’un détecteur de métaux. L’objectif était de consacrer une moyenne de 30 minutes par expertise et documentation d’anomalie. En conclusion nous sommes satisfaits de notre démarche, à chaque anomalie nous avons réussi à trouver un élément métallique qui justifie l’intensité. Notre procédé sous l’eau a permis de vérifier l’exactitude de la relation des coordonnées GPS anomalie – élément à des distances de rayon entre 2 m et 20 m. Ce qui montre la véracité des données acquises lors de l’OA 4734 et la mise en place d’une méthode d’expertise assez efficace bien que trop courte pour la documentation exhaustive des éléments. Celle-ci se fera ultérieurement. Toutes les informations recueillies nous permettent aussi de générer une base de données de relations entre profondeur, objet, taille, morphologie et intensité en nanotesla (nT) des anomalies.
Résultats
Le résultat de la prospection nous a permis d’expertiser 31 anomalies parmi lesquelles 8
sont à caractère archéologique :
- Anomalie 0372 (35 nT à 7 m fond de sable) : Une penture de gouvernail (fémelot n°3) en bronze d’une longueur de 70 cm, dépourvue de
chevillage, et localisée à une distance de 50 m de deux autres pentures en bronze avec des chevillages et bois associées (fémelot n°1 et n°2),
déjà déclarées en 2019. Les 3 éléments ont été récupérés par le DRASSM lors d’une journée d’intervention à bord de l’André Malraux et étudiées par Sybil Thiebaud et Christine Lima. - Anomalie 0538 (50 nT à 7 m fond de roche) : Deux ancres à jas en bois et organeau d’époque moderne (XV-XVIIIe) attachées par la verge avec de la chaîne et décalées légèrement dans l’axe de la verge. Une des deux a conservé son organeau, il est absent sur l’autre. Ces ancres nous font penser aux ancres attachées et étudiées par Marine Sadania sur le site de la “Jeanne Elisabeth”.
- Anomalie 0441 (à 5 m sur fond de sable) : Ancre Porter Trotman XIXe siècle.
- Anomalie 0301 (800 nT à 8 m sur fond de roche) : 3 éléments de gouvernail en métal d’un navire du XIXe siècle.
- Anomalie 0294 (40 nT à 8 m sur fond de roche) : Une ancre à jas en bois époque moderne (XV-XVIIIe)
- Anomalie 0304 (30 nT à 7 m sur fond de roche) : Une ancre à jas en bois époque moderne (XVI-XVIIIe), cette deuxième ancre se trouve à une vingtaine de mètres de l’ancre (anomalie 0294). Les deux sont posées à plat sur le fond, peut-être une situation résultant de tempêtes. A posteriori, il faudrait étudier si ce sont des ancres perdues, dans une ancienne zone de mouillage comme indiquée sur les cartes de la baie du XVIIIe siècle, ou des ancres de bouées des mouillages fixes.
- Anomalie 0536 (à 8 m sur fond de sable et roche) : Sur une barre rocheuse de 25 m de longueur sur 20 m de largeur, entourée d’un fond de sable nous avons repéré un grand amas de concrétions ferreuses à étudier, (barres, tiges, restes d’une ancre à jas en bois très abimée (bras avec une patte)), et 5 pièces de forme circulaire qui font penser à la ferrure qui enserre le cap de mouton et dont la partie basse est reliée aux cadènes.
Ces 5 éléments sont disposés de manière assez régulière sur une même ligne de 8 m de longueur et groupés par deux pour les éléments 1 à 4 et le cinquième un peu plus loin. La distance entre les groupes 1-2 et 3-4 est de 4 m et la distance entre le groupe 3-4 et le 5e est de 2 m. Les dimensions de ces anneaux avec les concrétions sont assez homogène avec un diamètre extérieur de 26 cm pour la plupart d’entre eux. Ces différents éléments qui sont relativement alignés, font penser à un ensemble de cadènes de haubans, les caps de moutons ayant disparus.
Ce type de pièce étant fixé à la coque du navire par l’intermédiaire du porte hauban, il est possible que nous soyons sur le site d’un naufrage de navire en bois.
- Anomalies 0540/0539 (25 nT à 6 m de fond sable et roche) : Une ancre à jas en bois et un organeau d’époque moderne (XV-XVIIIe), de grandes dimensions, elle est à une distance de 100 m du secteur des ferrures de cap de mouton, les deux anomalies sont peut-être liées à un même évènement.
Il est encore trop tôt pour émettre des hypothèses, mais les récits concernant la fin du galion hispano-portugais la « Capitana » naufragée en 1627 mentionnent qu’il pourrait y avoir deux zones à retrouver : le lieu où le navire a mouillé du 13 au 14 janvier, où les mâts ont été coupés, le gouvernail perdu car le bateau talonnait à marée basse, où ils se sont délesté des oeuvres mortes et le lieu ou le navire s’est brisé sur les rochers en « plus de dix mille morceaux une fois le mouillage rompu. (« Le XII Tome du Mercure François ») », d’après les textes cela s’est passé très vite et les sites devraient être proches.
